vendredi 5 juin 2009

Le syllogisme de la Trinité, part II

Je venais de raccrocher le téléphone. Je restais complètement abasourdi au milieu de la pièce, je n’avais pas vu le coup venir. Je fut pris de vertige, je m’asseyais sur le coin de mon lit et pris ma tête entre mes mains. Je regardait l’heure, il était a peine 19h, la nuit débutait. Comment j’en était arrivé la ? Pourquoi en ce soir de Saint Valentin je me retrouvais avec une crampe à l’estomac ?... Une voiture entra dans la cour, ses phares vraisemblablement mal réglés projetèrent mon ombre et celle des volets de mon store sur le mur. Je me mis à rire. Sur le mur, je voyais mon double sans visage transpercé par milles épées, douce métaphore, mon ombre blessée allait être mon seul compagnon ce soir la…

Quelques mois plus tôt…

Je n’arrivais pas à me résoudre à quitter Sabrina. Elle avait beau avoir le QI d’un moineau et s’habiller comme une évadée de MTV, tout se passait pour le mieux et toute mon argumentation sur la Trinité devenait évanescente quand elle apposait ses lèvres sur mon cou. Elle avait bien évidemment raté son examen et prévoyait de s’inscrire dans un cursus d’esthéticienne, de mon coté j’avais bouclé mon année tranquillement et j’aspirais à un bol d’air frais sur mon été.
Avec Christophe, on décida de partir à deux, une quinzaine de jours à la road movie sur la cote espagnole. La nouvelle passa difficilement auprès de nos compagnes respectives. Sabrina me fit part de ses peurs, mais l’idée de faire un remake du voyage à Cardena fait quelques années plus tôt avec mon pote Lucas balayait toute réflexion sur le sujet dans mon encéphale. Elle décida de stopper notre relation, de me ‘kick out. Je pris la nouvelle avec un certain soulagement, car je suis l’homme d’une seule femme, un samouraï de l’amour qui n’a qu’un maître. Son acte, par conséquence me libérait de toute entrave et je pouvais alors me jeter frénétiquement sur l’étude tactile des jeunes effrontées hispaniques.
Nous partîmes donc sur la Costa del Sol mais rien ne se déroula comme prévu. Chris était très gêné par sa non maîtrise de la langue, les différences entre nos aspirations aux loisirs estivaux (moi, le mode bronzage sur la plage ce n’est pas possible, je suis déjà noir !!), quelques problèmes financiers et le manque de sa Caroline. Il décida de m’abandonner à Peniscola et de rentrer en train au bout de quelques jours. Seul, je décidais de suivre les conseils glanés auprès de charmantes hollandaises et de partir sur Salou, ou je passais finalement une semaine de fou, ne dormant qu’une nuit sur deux. A moitié mort, sur le chemin du retour, je garait ma Patmobile sur le parking d’un Formule1 à Toulouse et dormit pour la première fois de ma vie (et sans doute dernière) pendant plus de 30h.

Je ne me souviens pas du mois d’Août passé sur Paris, mais le 31 je recevait une lettre de Sabrina, une déclaration d’amour. Je fut très sincèrement touché par son geste et me présentait le soir même au pied de son immeuble après un call sur son Tam-Tam. Je me surprenais a être heureux de la revoir et ma surprise dura jusqu'à mi-Décembre.
Mi décembre, je retrouvais Luc que je n’avais pas vu depuis des mois pour cause de service militaire, et je me trouvais face a un mur que je n’avais pas anticipé. Je ne pouvais pas présenter mon amie à mon ami ou à ma mère, elle m’embarrassait trop. Je rompais le soir même, submergé de honte et de doute. Les semaines passèrent et fin Janvier, Sabrina frappait à ma porte. Elle était habillé avec un blouson d’un jaune éclatant, d’un pantalon en cuir noir et de chaussures à talons. Je ne m’attendais vraiment pas à la voir débarquer ainsi, si déterminée et à la voir me sauter dessus comme elle le fit. On se fréquentait donc à nouveau durant quelques semaines et je du faire un constat : quelque chose avait changé en elle, je n’arrivais pas a savoir ce que c’était mais j’étais séduit et conquis par ce changement.

Néanmoins, parallèlement à ce changement, je remarquais que son planning devenais très serré. Elle commençait a sortir avec sa cousine de 18ans, a traîner dans le 95 avec les voisins de ses grands parents, a boire pas mal quand on sortait… Je commençais à me demander si notre relation n’était pas devenue un peu vénale de son point de vue, mais mon très maigre portefeuille me chuchotait à l’oreille qu’il fallait vraiment qu’elle soit très bête pour compter dessus donc je faisait abstraction de mes doutes.
Début février, j’étais totalement fauché et ne pouvais plus assumer nos sorties, on ne se vus qu’une fois avant le 14. J’avais fait prévu de faire une soirée d’exception ce soir la pour marquer la St Valentin et avait restreint nos sorties pour financer cela. J’appelais donc la belle afin de lui dire a quelle heure je passait la chercher et lui faire une surprise. Elle décrocha et me mit KO. Elle m’annonça que notre histoire s’arrêtait la, qu’elle avait trouvé l’amour depuis deux mois dans le 95 et qu’elle avait voulu me revoir pour être sure. Elle était resté parce que j’étais trop gentil mais que ça devenait trop dur a assumer pour elle, cette double relation.

Et donc…

Je venais de raccrocher le téléphone. Je restais complètement abasourdi au milieu de la pièce, je n’avais pas vu le coup venir. Je n’étais pas accro d’elle, je n’étais pas marqué par cette rupture mais je me sentait terriblement seul. J’étais envahit par un sentiment de gâchis, je me sentait humilié, touché dans mon amour propre, elle avait entaché mon honneur de love samouraï. L’expérience de mes parents m’avait apprise qu’une relation survit généralement à une rupture mais rarement à deux, je savais aussi que lors de la renaissance d’une relation il fallait re-inventer l’histoire commune afin de partir sur des bases saines et pérennes sinon la gangrène en guettait les membres porteurs. J’avais appris d’une autre histoire ("Une histoire de pile ou face", ce sera la prochaine histoire racontée ici, avec une Valérie en personnage principal) tout ou presque du mensonge, de l’intrigue, du mal que l’on peut se faire par amour, du mal que l’on veut faire par amour, du mal que le regards des autres peut faire à l’amour, et de la dépendance. Sabrina, malgré son cerveau de poisson rouge m’avait appris une nouvelle chose, elle m’avait appris que mon syllogisme de la Trinité serait le garant de mon futur romantique

Prémisse majeure :
Le corps, tête et cœur sont la complétion de la Trinité
Prémisse mineure :
NOUS accordons nos cœurs, têtes et cœurs (car si notre désir est intact, nous avons le corps. Si nous pouvons encore nous parler et rire de nos défauts, nous avons la tête. Si nos âmes sont interdépendantes, nous avons le cœur.)
Conclusion
NOUS sommes la complétion de la Trinité

Et bien sur la négation du syllogisme :
Si il n’y a pas complétion de la Trinité alors il n’y a pas de NOUS

mardi 19 mai 2009

Le syllogisme de la Trinité, part I

J’étais assis dans le fond de la salle. La banquette usée s’enfonçait sous mon poids, épousant les formes de mon corps avachi. Il n’était pourtant pas tard, mais parfois la fatigue physique rejoint la fatigue morale sans que l’on s’en rende compte. Parfois, les jambes ne nous portent plus, la pesanteur est trop forte, les bras restent collé le long du torse ils sont las de jouer les ustensiles d’acrobate permettant au balanciers que sont nos squelettes de tenir en équilibre. La succession de jours psalmodiques érode le métronome de nos raisons jusqu'à ne laisser que la chair à vif de nos ongles écornés à force de gratter les murs des heures écoulés. Vaine tentative de laisser la trace de notre passage, un témoignage de notre existence dans le trou noir des actes monotones, nous voulons rompre le prévisible et ignorant jusqu'à cette lassitude qui gangrène nos moelles nous hisser dans des lieux où d’autres sont ou paraissent heureux.


J’étais assis dans le fond de la salle. Mon verre ne contenait plus que des glaçons, fondant doucement sur les restes de caramel et de caféine de la substance précédemment bue, j’étais sobre mais ivre de langueur. Un couple, sans doute nouvellement formé, échangeait des substances aqueuses par voie buccale, tandis que leurs mains allaient et venaient comme Aladin sur sa lampe cherchant a exaucer ses vœux. Je me mis a sourire pensant au génie perfide qui sortirais de cette union de frotteurs aguerris. Je regardait d’un œil leur ébats sans retenue, à la lumière violacée d’un spot de boite de nuit, à la merci de la critique des cyniques et des pudibonds. Je dépliais non sans mal mon bras vers mon Graal de glaçon et tête en arrière tentais d’en faire tomber un dans mon gosier. Un iceberg chuta dans sur ma langue emportant sur son passage un fluide sucré et brunâtre, la soudaineté de la chute me fit tousser et recracher le bloc de glace, le liquide dégoulinant du long de mon menton sur ma chemise. Cet épisode digne du grand blond à la chaussure noire exhuma la dépouille de ma vigueur et me précipita vers les toilettes. Je franchissais la salle pseudo afro-cubaine du Metropolis, et me passais un grand coup d’eau sur le visage et sur ma cilice. En sortant, je m’appuyais contre un faux palmier, subitement éreinté par cet empressement et regardais quelques minutes les gens danser. Une fille me pris par la main et me tira vers la piste, elle était étrangement belle donc je me demandais ce qu'elle me voulait avec son grand sourire sur sa toute petite bouche. Elle se mis a trimballer mes bras au niveau des ses épaules tout en secouant ses hanches comme si elles étaient sur roulement à bille. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait, je me contentais d’un rictus de constipé et de deux pieds totalement inflexibles. Elle se colla contre mon buste. Je la repoussais instantanément. Elle se figea.
-…, Je suis trempé… Je viens de passer ma chemise sous l’eau. Elle se mis à rire. Elle avait un visage aux traits très fins, tout petit, des épaules dénudées comme dessinées par Rodin
- J'ai flippé.... J’ai cru que tu me jetais !
- Non, non je suis juste….totalement à la rue. Je me mis à rire moi aussi.
Elle m’agrippa le bras pour atteindre mon oreille.
- Je ne vais pas tarder à y aller, je dois rentrer
- Ha! ok… Je n’avais pas encore répondu et ses lèvres étaient déjà sur les miennes. Je me retrouvais quelques minutes plus tard avec le numéro de téléphone de Sabrina, un numéro de tam-tam et un rendez vous le mercredi suivant.


J’étais assis dans le fond de la salle. Je me retrouvais à nouveau seul. Je divaguais silencieusement sur les relations hommes-femmes au rythme des sonorités seventies. Je pensais à une phrase de mon pote Luc quand sur les bancs du lycée nous dissertions déjà sur la vacuité des Marivaudages adolescents : Nous sommes tous des Tom. Oui, nous sommes coincés dans un épisode live de Tom&Jerry, les hommes sont des matous maladroits égarés dans une quête perpétuelle de la chair de Jerry, souris coquine et malicieuse. Mais, quand cette croisade éperdue vers cet être tant désiré touche à sa fin, quand nous tenons enfin sous nos griffes notre proie nous réalisons que le véritable but n’était pas le Graal mais la course vers le trésor elle-même. Nous sommes tous des Tom. Au final, ce sont les filles qui ont le dernier mot. On peut se démener, on peut charmer, parfois même séduire, mais au final ce sont elles qui mènent la danse, et ce, même dans leurs erreurs. Notre seul pouvoir est d’arrêter la chorégraphie, de délaisser leur bras, d’abandonner la saltation, et puis de souffrir a nouveau du manque de mouvement.


Le mercredi suivant, je me retrouvais totalement perdu dans les rues de Vitry sur Seine, m’arrêtant à chaque cabine téléphonique pour demander mon chemin. Arrivé en bas de sa cité, stationné en double file, je me demandais à quoi ressemblait cette fille, je me souvenais avec peine de son visage dans la pénombre. Des types louches me regardaient bizarrement, j’abaissais le loquet de sécurité pour verrouiller les portes. Une fille passa devant le capot avec un gros blouson kaki et me fixa, une sucette à la bouche. Je devais la regarder fixement sans vraiment y faire attention car elle s’approcha de la fenêtre.
- Vas y…tu veux quoi ?
- Heu…
- Tu mates quoi ? Tu t’es cru au peep-show ?
Elle cogna la vitre. Elle allait parler a nouveau quand on la siffla. C’était Sabrina. Elle était habillé tout en blanc, pull moulant, jean, bottes… Elle parla deux secondes avec la sœur de Terminator, puis fit le tour pour entrer dans mon habitacle. Elle m’embrassa, j’avais l’impression d’être dans un film, que superwoman venait de me sauver mais le plus drôle c’est qu’elle me dit une phrase qui semblait indiquer que c’était moi le héros : Envole moi. Je ne savais pas où aller, alors je roulais dans les embouteillages de la N7, on écoutait MJ Blige, elle se mis à chanter collant sa tête sur mon pectoral droit. Ca me gênait pour conduire mais je ne voulais pas qu’elle pense que je la rejetais à nouveau, donc je faisais comme si de rien n’était. A mis parcours elle me demanda si on allait chez moi, je ne savais pas quoi répondre alors j’acquiesçais. Elle me serra le bras.
- Tu sais la bas, à la cité…personne ne m’a jamais vu avec quelqu’un.
- Tu n’as jamais eut de copain? Lui dis-je, incrédule teinté de cynisme
- Non, c’est pas ça, j’ai eu quelqu’un mais…il était plus vieux, il est jamais venu me chercher à la cité, j’allais chez lui
- Ah!…livraison à domicile
Cela ne la fit pas rire, elle lâcha mon bras. Je m’excusais. On s’arrêta à Belle-Epine pour aller au cinéma car j’allais péter un cable dans les embouteillages. Elle était exactement ce dont j’avais besoin à ce moment là, d’une douceur infinie, candide jusqu'à faire penser qu’elle était stupide et terriblement sexy. Habillée tout en blanc, elle ne passait pas inaperçue, ça me rendait mal à l’aise et fier en même temps. Quand je la ramenais au pied de son bloc immeuble, je remarquais que les gars louches me regardaient avec encore plus d’intérêt, j’étais d’autant plus motivé lors de notre baiser d’adieu.


On se voyait deux à trois fois par semaine, de ces instants privilégiés où l’on découvre l’autre, mentalement et physiquement. Quand on apprends chaque détail, s’émerveille aux bonnes surprises, oublie les mauvaises. De ces instants où on accepte l’autre tel qu’il est car il fait de même, comme un jouet neuf le soir de Noël. Le papier cadeau maculant le sol, la boite frénétiquement arrachée pour saisir à bras nus son contenu, les commissures des lèvres touchant les pommettes, l’œil animé d’une étincelle de bonheur. Quand nous avons encore de l’empathie, quand notre égoïsme tapis sous le voile de cœurs épanouis attends son heure, fauve au abords d’un oasis où le gibier s’abreuve. Cela dura jusqu'aux vacances de Paques.


C’était le dernier temps libre avant nos examens respectifs, nous savions que nous aurions moins de moments partagés à venir et qu’il fallait donc en profiter. Nous passions toute la semaine ensemble, mes finances qui alimentaient nos sorties et l’essence des aller-retour vers son domicile commençaient à faner donc nous restions cloîtrés chez moi jusqu’au week-end. Le vendredi, nous retrouvâmes Bouba (Pierre mon binôme, voir première histoire de ce blog) et deux de ses amis, je voulais lui présenter Sabrina. La soirée était agréable, mais la nuit se transforma vite en cauchemar. Une fille que je voyais assez régulièrement quelque temps auparavant quand je fréquentais le Kio (une boite de nuit vers Fontainebleau) se trouvait la avec son nouveau boyfriend campagnard et me sauta dessus, se collant à moi comme une traînée à chaque morceau de Ragga sous l’œil amorphe de son compagnon et celui horrifié de Sabrina. Bouba me sauva la vie en jouant le backup social avec mon amie à chaque salve de folie de la blondasse du Kio. Je commençais à m’amuser de la situation grotesque quand je croisais le regard de la fille que je cherchais soir après soir en allant dans cette boite. Je l’avais croisé six mois antérieurement, sur cette même piste et j’y étais retourné tout les vendredi et tous les samedi pour la croiser a nouveau. Je ne savais meme pas son nom.
Je me retrouvais avec une énergumène qui me tamponnait le pantalon avec sa croupe, ma compagne et cette autre fille qui me hantait. Pourtant, alors que la fièvre avait gagné mon corps, alors que j’étais dans une situation prompte à tous les malentendus, cette fille me regardait encore avec les mêmes yeux. Je la fixais avec une infinie tristesse, comme si le destin avait voulu qu’elle me reste inaccessible, et la tête baissée elle fit un geste qui l’inscrivit en moi pour des années encore, elle passa sa main dans ses long cheveux bruns, les soulevant pour avoir un peu d’air sur le cou. Tout était immobile l’espace d’un battement de cils, immortalisé.
Quand je revenais à moi, Sabrina était dans mes bras, Pierre me disais aurevoir, la folle avait disparu, la fille que je cherchais aussi (certains l’auront sans doute deviné, nous la retrouverons plus tard, longtemps, d’ailleurs nous l’avons déjà évoqué). Le lendemain, j’espérais la soirée plus calme mais nous étions en zone de risque, je devais lui faire découvrir le fameux Kio est sa piste tournante.


J’attendais au bas du bloc immeuble de Vitry, quand je vis un truc incroyable débarquer. Je ne savais pas si il fallait que je jette un drap dessus ou que je lui demande d’aller se changer mais elle était habillée comme un mix subtil entre l’évadée d’un clip de R. Kelly et la pornstar d’une superproduction Marc Dorcel. Elle était revêtue d’une combinaison de latex argenté avec une grande fermeture éclair partant du cou jusqu’au nombril, et des bottes noires. Elle s’était lâchée sur le look superheros fétichiste. J’étais dans un état….
J’essayais de la convaincre de ne pas sortir, la fatigue, la distance vers ce coin perdu dans la foret, etc. Mais, elle voulait connaître l’endroit, croiser mes amis et je subodore, rencontrer à nouveau la folle blonde pour marquer son territoire… La nuit était noire, et dans les bois entre Champagne s/seine et Melun, je lui fis le coup de la panne avec les sangliers comme témoins. Cela ne l’arrêta pas, elle rezippa son uniforme de pétasse et nous repartîmes. Une fois arrivés, je croisais David, un black au physique de gorille, très bon danseur, que je dû attacher car il était surexcité à la vue de ma Power Ranger. Je passais la soirée en mode bodyguard, escortant la belle partout, même aux toilettes car les gars étaient tous dans le même état que mon pote gorille, j’étais de plus en plus énervé.
Sabrina se fit très calme et câline, rien a voir avec sa tenue extravagante, impossible de lui en vouloir, et de retour à sa cité, elle dormait comme un bébé la tête collé contre la vitre, ça me changeait du ronflement de Christophe quand nous rentions de soirée. Je me fis gentleman, et l'a pris dans mes bras, mon blouson comme couverture jusqu'à sa cage d’escalier.


On se voyait moins car j’avais du boulot en retard, notamment un essai qui me tenait à cœur sur l’évolution de la condition des noirs au USA suite aux émeutes de Los Angeles. Bouba faisait déjà tout mon boulot pendant l’année, là c’était le money time, on devait s’y mettre a deux. Sabrina avait un truc à rendre sur un travail continu sur l’année sur Access mais n’avait absolument rien compris et donc rien fait, elle stressait sur ce truc d’un an a faire en quatre jours. Résultat, je me retrouvais à apprendre l’utilisation d’Access et le SQL, faire tous ces TD et son projet de fin d’année (Petit clin d’œil du destin car sans elle je n’aurais jamais travaillé sur la programmation SQL sur Access et donc eut mon premier boulot !!...Papillon effect).
Elle avait un autre problème, un examen de comptabilité et elle était nulle. J’appelais Christophe et lui proposait de devenir professeur pendant un après-midi car ma conquête avait un cerveau de poulpe, il accepta. Il lui fit un cours d’une heure et demi sur les bases de la compta, et vint me voir en aparté.
- Elle est gentille mais c’est chaud pour son examen, elle comprends rien…
- Hum….ouais, je sais, elle est un peu….conne
- Mais non, c’est pas son truc les maths c’est tout
- Ouais mais hier on a regardé Dobermann….elle m’a dit qu’elle n’avait rien compris
- Heu….
- Elle m’a dit qu’elle ne comprenait rien a ce que rappait MC Solaar
- Ok, elle est…
- Bonne mais conne, je sais…
On se mis a rire
L’après midi passa. Je jouais à Sensible Soccer avec Christophe pendant que la miss faisait ses exercices de compta dans le salon...On était tous trois dans la chambre quand la clef tourna, ma mère était rentrée plus tôt que prévu, et ça, ce n’était pas prévu. On se mit en file indienne pour dire bonjour, j’ouvrais la marche.
- Bonjour madame, quel plaisir de vous revoir !
- Vini bô mamanw ipocrit

Christophe riait comme un phoque. Sabrina se faisait toute petite, elle n’avait pas l’habitude de voir une tornade arriver dans un appartement. Et surtout elle s’était bloqué car ma mère l’avait prise pour Caroline, la copine de Chris sans penser un instant que c’était la mienne. Elle me jetais de grand regards de fille perdue.
- Mon dieu quelle est jolie ! Elle est toute mimi!!
- Hum...On va y aller la ! répondis-je, sinon on va avoir les bouchons
- Coumen ? difé ? ….je lui coupais la parole car elle était visiblement en grande forme et donc incontrôlable en cas d’élan
- Je dois ramener Sabrina, elle doit garder sa petite sœur ce soir…
Une fois dans la voiture Sabrina ne disait pas un mot, elle se contentait de me tenir la main sur sa cuisse m’empêchant de passer les vitesses ce qui m’énerva. Dans les embouteillages du retour avec Chris, je faisais le constat de la situation : je devais arrêter cette histoire car elle ne comblait pas ma Trinité.


Mon argumentation était simplissime, un syllogisme. L’harmonie d’un couple était basée sur ce que je nommais : la Trinité. Trois variables qui cimentaient une relation dans le temps, permettant de trouver un équilibre personnel et mutuel : le corps, la tête et le cœur.
Le corps est l’assouvissement des desiderata sexuels mais aussi la pérennité du désir et de la volonté de séduire l’autre, on peut même parler de l’orgueil né du désir des autres sur l’être que l’on possède.
La tête est l’assouvissement des desiderata intellectuels, la nourriture de l’âme, pouvoir discuter, avoir une complicité, partager des intérêts et des découvertes, échanger sur ses sentiments, ses doutes, ses rêves ; connaître l’autre jusqu'à ces moindres détails.
Le cœur est l’intangible cavalerie qui mène la guerre, l’alchimiste transformant les odeurs, le toucher de l’autre, le goût de sa peau, le son de ses gémissements et sa vue en dépendance, en irraison. Le cœur est le cavalier ultime de l’apocalypse.


A SUIVRE...

jeudi 14 mai 2009

The question of U

Cette histoire est très décousue, je m’en excuse aupres du lecteur. J’ai voulu survoler des périodes de ma vie sans rentrer dans trop de détails car ils viendront par la suite dans d’autres histoires. En tout cas après quelques semaines de silence pour cause de vacances (Agadir, HongKong) et de boulot (v9 fever), liveafterlove est de retour...

So what is the answer to the question of U
What do I look for, what shall I do?
Which way do I turn when I'm feeling lost?
If I sell my soul, now what will it cost?
Must I become naked, no image at all?
Shall I remain upright, or get down and crawl?
Prince, The question of U, Graffiti Bridge, 1990

J’écoutais Daivy postillonner dans mon micro, le nez collé à ses feuilles volantes raturées de partout. Il arrivait a peine à suivre sa propre écriture, morceaux de phrases éparpillés sur du papier froissé, plié en huit dans la poche arrière d’un 501 usé. Il apposait ses lèvres sur la grille de plastique d’un ridicule enregistreur relié à une chaîne hifi. Le son était abominable. Il ne s’arrêtait pas, ses mots le portait, il avait foi en eux. Le sample en loop que j’avais pris d’un album de Mr R. saturait en basse mais il nous rendait fou, quel son de malade… Daivy lâchait ses lyrics en se gaussant chaque fois qu’il s’emmêlait dans les lignes en voulant aller trop vite, cela faisait partie de son style, de son flow…le refrain partait, je prenais le mic et enchaînais le second couplet, une histoire de nuage gris au dessus de nos têtes, d’averses affrontées têtes hautes…Mon style était plus apuré, moins ruff, je le travaillais sans cesse, je voulais sonner comme le Oxmo de ‘l’enfant seul’ ou le LLCool J de ‘Hey love’, Daivy lui se prenait pour Lino des Arsenik. On écoutait la K7, et on recommençait, on changeait de sample, on essuyait le micro et on refaisait le monde.

Luttes intestines pour le pouvoir de dire non / Quand nos cœurs dictent nos mots en nos noms / Laisse moi poser mes lèvres sur ton front / T'emporter vers les heures où naquirent nos sentiments / Quand être 2 était plus qu'être simples amants / Je me revois sécher tes larmes coulées pour d'autres / Parce que tu avais confié ton cœur à d'autres hôtes / Confie toi à moi, tu peux tout me dire / Nouveau départ et il est temps de partir
dioscure, 1998

L’après midi s’était écoulée sans que nous remarquions, je raccompagnais Daivy chez son frère jumeaux, Christophe, au dernier étage d’un petit immeuble sur Corbeil. Il dormait sur le canapé et sur la table basse, il y avait des dizaines de feuilles écrites dans une calligraphie indéchiffrable a demi collées par des taches de Coca. Je me mis à en décoder quelques unes, a lancer une impro' sur un sujet, les rimes étaient comme une seconde peau, elles venaient toutes seules entre la télé allumée, l’album du Doc Gynéco qui tournait sur la home box et les rires de mon acolyte. La clé tourna, Chris était de retour, à peine entré il se mis à gueuler sur son frère: le paquet de chips qui était ouvert sur la table laissait des miettes partout, le Coca dans le frigo ouvert la veille ne comptait plus qu’un demi centilitre, la vaisselle n’était pas faite, etc. C’était tendu entre eux depuis un moment, pas évident de vivre à deux même pour des jumeaux,... je chambrais un peu Chris pour détendre l’atmosphère. C’était une situation particulière, ils sont comme ma famille, Chris est comme mon frère mais ils ont aussi leurs histoires de famille, leur passé… Je me suis toujours effacé par pudeur, j’ai toujours partagé leur peine sans pourtant en sentir l’ampleur, spectateur de leur vie comme parfois je l’étais de la mienne. La tension s’estompait peu à peu, on sortit les cartes, des dizaines de pièces de 20c de francs d’un typeware blanc qui traînait dans le meuble contre le mur et on lança notre partie de poker fermé. La nuit passa, les week-ends passèrent, les mois…

Ombres chinoises/ Une ligne de craie blanche sur le noir d'une ardoise / Deux courants d'air, froid et chaud, qui se croisent / Je t'aime...mais je te trompe résonne dans le crâne / Et comme un virus fait ma raison tomber en panne / Mon calme disparaît / Avec les vapeurs suaves de ma jalousie qui apparaît / Pour la première fois comme une arme de jais / Le lent poison coule épais / Dans mon encéphale / Et, dans mon reflet ma peau n'est pas assez pale / Noir, tableau et ta craie dessine les courbes de mon désir / Pire / Le pire c'est que le rongeur dicte au reste / Et comme le rat sur le navire propage la peste / Le mal d'Othello guide mes gestes.
dioscure, 1999

Nous avions usés nos voix toutes l’après-midi de ce dimanche de printemps. Chris était passé dîner avec nous. J’avais passé la semaine sans sortir de chez moi, j’avais écrit des centaines de chansons, mon cerveau était comme un four, chaque mot que l’on me murmurait se transformait en plat chaud sous forme de prose ou de vers. Et c’était sans compter toutes les instrus que j’avais généré, entre les samples de Ginuwine, Rocca, Another Bad Creation, Cesaria Evora, la BO de Blade Runner…
Nos pâtes au beurre accompagnées de tranches de jambon ingurgitées, on se mis sur la moquette de ma chambre avec des coussins. Chris ne voulait pas avancer d’argent à Daivy qui était broke donc l’idée poker fut abandonnée mais une partie de Canastas débuta.
- T’es créatif en ce moment, t’arrêtes pas !
- Oui, j’ai trouvé une muse
- Elle à des copines ??
...Daivy se mis à rire
- Elle sort d’où ? Elle s’appelle comment ?
- Elle est dans le 92, Emmanuelle…
- Emmanuelle, c’est un nom de cochonne ça ! mais p’tain tu les trouve toujours à des kilomètres, tu fais exprès ?

- Bah, il ne s’est rien passé…elle m’a juste appelé une fois, elle gardait une vieille...
- Un coup de fil ? Arrête de faire ton lover, t’es bien degeulasss…on le sait

On éclata de rire de plus belle, en pensant à notre pote Shogun tout bourré sur la piste de danse du Metropolis qui regardant une vieille se dandiner nous avait sorti cette phrase devenue mythique : Elle est bien dégueulassssss
- Non, non, elle a un mec depuis 5ans, elle est sérieuse, c’est un peu compliqué…
- Et alors, tu la ramène et…
Je le coupais, mais les gestes de fessés qu'il mimaient faisaient passer le message
- Non, j’ai tout mon temps, cette fille…cette fille c’est ma destinée. Si ça se fait dans dix ans alors ça se fera dans dix ans mais ça se fera
- Mais t’as pris un truc ou quoi ?


Je ne me souviens pas de la suite et je suis persuadé que Chris et Daive non plus. Quatre mois passèrent, Emmanuelle ne me rappelait toujours pas (je ne le savait pas encore mais il fallait que j’attende encore un an, mais ceci est une autre histoire qui fera l’objet de nombreux textes de ce blog). Je finissait mon école et me faisait embaucher dans la pub après mon stage, je vivais de soirées en soirées, de filles d’un soir en filles de deux. Daivy était tombé malade, je rappais seul, mes textes étaient moyens, je n’avais plus de muse. Nous avions Chris et moi tenté de faire une reprise en français de « Simple Pleasure » de Karyn White mais nos voix étaient lamentables. J’écrivais pour d’autres personnes et plus pour moi jusqu'à ce qu’une fille en studio soit tellement dyslexique sur un de mes textes que je m’emporte dans une colère rare et arrête ma carrière de parolier en la traitant de tout les noms d’animal invertébré.

Le temps passa et une relation très passionnée et destructrice débuta avec Marilyne (oui, encore une autre histoire a raconter ici). Ce fut une période très intense émotionnellement et mon écriture s’en servit comme engrais. D’autant que nous passions parfois des journées entière a ne rien faire à part écouter des CD collés dans les bras l’un de l’autre. Entre nos nuits d’amour et nos nuits de haine, j’écrivis mes meilleurs textes, plus matures, moins self-oriented.

Famille / Famille / Famille
Et si l’on croit le dico, y'a ceux qu’on choisit / et ceux qu’on subit
Ensemble d’elements / derivant d’un meme element / la parenté
Ensemble d’elements / ayant des affinités / l’amitié
Et toi, baby / celle choisie / pour m’accompagner
Famille / Famille / Famille
Parapluie contre la solitude, maillons d’une meme chaine /
Question d’amour, et dit moi / Combien de fois / t’ai je dit « je t’aime »
Je suis ton epaule, tu es la mienne / contrat tacite / Mais les larmes comme les sourires sont si explicites /
Ces choses qu’on ne se dit pas et qu’on devine / Tu es de ma famille, tu le sais ou le devine

Famille / Famille / Famille
dioscure, 2000

Un jour, je sortais du 15 rue Pasquier quand mon cellphone sonna, c’était Emmanuelle. Et au delà de notre histoire, au delà de deux ou trois autres textes écrits en une presque décade suivante. Au-delà des heures passés en 2001 en studio avec Aicks pour faire notre album (jamais sorti et Dieu sait que mon pote avait du talent…malgré son penchant pour ne rien foutre a part chasser la gazelle qui a plombé notre boulot). Cet appel était l’annonce de la fin de ma période créative, quelques mois plus tard, j’écrivais ce que je voulais être mon dernier texte et ce encore aujourd’hui.

I died...2nite

Je n’entends plus la musique, je n’entends plus mon cœur battre
Je n’avais pas remarqué l’heure tardive, il est sans doute temps que je parte
Tirer un trait sur toute cette comédie, j’aurais ma chance à la prochaine
Avant de pousser la dernière porte, jeter un regard vers la lune pleine
C’est à la nuit que je passerais à la nuit, et elle se fait miroir de ma vie
Je me sens vide, je me sens plein, heureux et malheureux, 1000 envies et plus aucune envie
Reste la certitude, parmi tous ceux qui la cherchent, j’ai trouvé l’âme sœur
Le sens de la vie, de la mienne en tout cas alors je pars sans peur
Pardon à tout ceux qui ne comprendrons pas, j’ai atteint mon but, il ne me reste plus rien
Ce n’est pas à cause d’elle, elle est ma cause, et avant elle je n’etais rien
Je ne veux pas la perdre, laissez moi m’endormir, je ne veux plus d’autres rêves
De la bas, sur l’autre rive, je pourrais vivre mon amour sans que le soleil ne se lève
Pardon à tout ceux qui ne comprendrons pas que le meilleur n’est pas à venir
Je ne suis pas fou, je n’ai pas de peine, j’aurais aimé être un héros de Shakespeare
Le poison fait son effet, « le reste n’est que silence », j’évite le pire…
Un regret pourtant au seuil du cercle des suicidaires, je la voudrais femme et mère
Qu’il reste de notre amour plus qu ‘une épitaphe sur un linceul et une prière
Une fille qui lui ressemble, la même flamme dans les yeux, les mêmes mains minuscules
Un regret encore, lui faire l’amour encore, mourir puis mourir, terre et moi péninsule
Je ne suis pas fou, je n’ai pas de peine déjà la porte se ferme, je suis heureux, adieu.
dioscure, 2001

So what is the answer to the question of U? demandais Prince dans le film Graffiti Bridge (mal joué, mal tourné mais une BO mal estimée...avec la découverte de Mavis Staple, Tevin Campbell et des productions de The Time énormissimes, sans oublier le funk electro des NewPowerGeneration qui sonnent comme un Georges Clinton tribute)

So what is the answer to the question of U? ... j'avais trouvé une réponse, aujourd'hui je cherche la question....

vendredi 17 avril 2009

Life before, chapitre 2: Val

Les gens se croisent mais ne se regardent pas, se sourient mais ne se parlent pas, se parlent mais ne s’écoutent pas. Parfois leurs mains se touchent, leurs lèvres s’écrasent sur des joues, parfois même ils se collent les uns contre les autres, se respirent ou se goûtent. Mais disant cela, je ne fait qu’enfoncer des fenêtres déjà grandes ouvertes sur le vide qui emplie nos relations entre mortels. Se connaître ne veux pas dire se connaître. Notre plus grand paradoxe est que cette intimité que l’on veut gardé par le dragon Ladon de nos consciences n’est qu’un jardin aride délaissé par les Hespérides, sa vraie valeur n’existe que si on la dévoile. Et tout ce mal que l’on s’inflige à vouloir dans des élans sincères mais futiles et maladroits a se protéger ou se libérer est comme l’ultime présent à l’autre.

Cette histoire se déroule bien avant le chapitre I…

Il était tard, j’étais assis sur le sable d’Almeria. Quelques nuages nous cachaient les étoiles mais la lune pleine veillait sur nos silences. Elle avait la tête sur mes cuisses, mes doigts emmaillaient et démaillaient tour à tour ses cheveux bruns tandis que ses poumons se gonflaient pour ensuite relâcher un soupir. Elle se tourna pour me faire face. Tu me pardonne ? demanda-elle anxieuse. Et comme je ne disais rien, elle se retourna encore face à la mer. Un nuage passa devant la lune, nous confinant à l’obscurité et quelques gouttes se mirent à tomber éparses sur mes avant-bras. Tu veux y aller, Val ? lui demandais-je. En guise de réponse, elle enfonça sa tête sur mes cuisses comme pour elle aurait fait avec un oreiller pour préparer sa nuit et elle répondit: Non, attendons la pluie.
Les gouttes se mirent a tomber avec une plus grande fréquence, je penchais sans y penser mon buste pour lui servir d’abri et inclinait ma main sur son front afin d’éviter que son visage ne soit trop trempé. Elle se mit à rire : et maintenant tu me pardonne ? Tu compte me faire attraper la crève si je ne te pardonne pas, c’est ça ton plan ? Elle se remis à rire. Tu sais, repris-elle, quand je suis avec toi j’ai l’impression d’être vraiment la personne la plus chanceuse au monde, tu as milles attentions si discrètes que souvent on ne s’en rends même pas compte. Je haussais les épaules. Mais des fois j’ai envie de te taper quand tu ne dis rien, ça me rends folle. Tu me rends folle, j’ai en vie de hurler tellement je t’en veux d’être toi. J’apposais ma main sur sa bouche pour la faire taire, je pris un coup de poing dans le ventre, puis un autre sur l’oreille. Nous étions déjà trempés. Elle se leva, des insanités fusaient de ses lèvres avec un flow digne des Bone’s Thugs & Harmony mais je ne l’écoutais pas. Je regardais l’eau ruisseler sur son cou et s’immiscer dans les courbes de sa poitrine. J’avais envie de me jeter sur elle, de lui mettre la tête dans le sable dans la violence subite d’un coït passionné. De me laisser aller à mes instincts primaires. Mais au lieu de tout ça, alors que la solution la plus plaisante était aussi la plus saine, je lui lançais une phrase assassine : Ok, c’est bon tu m’a saoulé, on arrête la. Elle se tue, visiblement elle ne s’attendait pas à ça, moi non plus, quelle phrase à la con. Je ne me souviens pas de la suite.

Le lendemain, le soleil était timide au réveil mais durant notre trajet en bus vers Séville, il s’était bien rattrapé. La visite de la ville fut un enfer, un groupe de trente ados débiles déambulant dans le quartier de Santa Cruz en ne pensant qu’a acheter des glaces, traversant Giralda pour y trouver de l’ombre, même l’Alcazar n’avait suscité le moindre intérêt. Apres ces vaines heures, éreintés par la canicule nous reprenions le bus en direction de Granada.
La journée n’avait rien changé, j’étais seul dans un coin du bus, Val était quatre sièges plus bas, nous n’avions pas échangés un mot. Derrière nos lunettes de soleil, nous nous étions épiés, chacun cherchant un signe de flexibilité chez l’autre, une porte d’entrée. Mais j’étais trop fier et elle trop passionnée. Nous n’étions séparés par quelques mètres, ne pensant l’un et l’autre qu’a l’autre, je ne voulais que d’elle et j’attendais qu’elle fasse un pas, elle attendait la même chose. Alors comme souvent lorsque nous ne trouvons pas le courage ou n’avons pas la décence de décider de notre futur, la vie décide par elle-même et le résultat correspond rarement à nos souhaits.
L’arrêt à Granada ne dura que le temps d’une dizaine de battements de cils. Nous allions repartir quand une fille tomba dans les paumes. On lui apporta de l’eau, elle avait une insolation. Nous étions tous ensemble depuis deux semaines mais je la connaissais pas, elle ne faisait pas partie de mon groupe restreint de fêtard compulsifs. Elle était d’Isbergues, une ville vers Calais, devait faire un mètre quatre vingt cinq, et les long cheveux noirs qui descendaient sur sa robe en flanelle beige faisaient ressortir le teint rubicond de ses épaules. Elle avait cramé. Je ramassait les sandales qui avaient glissées de ses pieds tandis qu’on l’aidait a monter dans le bus. Quelqu’un la mise sur le siège a cote de moi. Elle pleurait.
Le bus reparti. J’étais embarrassé par ses larmes, ne sachant pas trop quoi faire. Je pris mon walkman et lui passa un des écouteurs intra conques, elle me dit merci. Le fil des écouteurs était court, elle se colla à moi, je passait un bras par-dessus sa tête et elle posa la tête sur ma poitrine. Bob Marley chantait tranquillement ‘Waiting in vain’ quand ses larmes avaient séchées. La nuit tombait, je regardais par la fenêtre pour voir si la lune était aussi grosse et brillante que la veille mais je ne l’apercevait pas. La fille du nord, avait toujours la tête collée sur ma poitrine, la K7 avait déjà fait plus d’un tour et Bob chantait ‘Satisfy my soul’. Je lui soulevais doucement le menton et lui demandais : Ca va mieux ? Elle m’embrassa. Ce baiser dura jusqu'à notre arrivée.

Nous primes rendez vous avec mes amis habituels pour se retrouver le soir dans notre tanière de débauche. Je me sentais mal, je ne savais pas comment gérer cette fille inconnue qui était désormais mienne, et cette soirée confronté à celle que je voulais vraiment. Comme souvent face à un mur, je décidais de ne pas dépenser d’énergie à y penser et de réagir une fois en face de celui-ci. Sur la route menant à notre bar, je croisais Frank, un des type avec qui je traînais le soir. Il me faisait rire. Il me prenait pour un modèle a suivre, me sortant des trucs du genre ‘direct tu l’a enchaîné la Lilloise’, ‘Laisse nous en quelques unes dans le groupe’, ‘Ta tête arrive au niveau de ses seins’. Sa connerie m’a déstressé, il ignorait que j’étais psychologiquement à la rue…
Arrivé devant le bar, ma grande brune était déjà la, hyper souriante. Elle avança vers moi, sa courte jupe légère dévoilait ses cuisses à chaque pas, elle m’embrassa, j’étais sur la pointe des pieds. Une fois dans le bar, les choses avaient un goût différent des nuits précédentes, tout se passait sans heurt. J’avais pris l’habitude des soirées animées avec Val la folle, et la, tout était calme. Elle était très câline, se présentait à tous mes amis, j’étais très embarrassé d’autant que dans son coin celle qui avait les faveurs de mon cœur assistait a tout sans un mot. Et je ne faisais toujours rien pour changer la situation.
Je raccompagnait ma fille du nord et le long de la plage je ne trouvais toujours par la lune. Nous nous allongeâmes sur le sable froid et la température monta. Mes doigts courraient le long de son cou, seins, hanches jusqu'à des zones plus intimes. Elle se cramponnait à moi comme si mon corps déjà collé contre le sien n’était toujours pas assez près, comme si elle ne me sentait toujours pas assez. Puis dans un feulement elle se relâcha complètement, jetant la tête en arrière sur le sol, laissant ses bras rouler le long de mon dos. Je dégageais son regards derrière ses cheveux, son rimmel avait coulé laissant de noirs sillons sur ses tempes et ses joues. Ca va ? demandais-je. Trop bien me répondit elle. Je ne comprenais pas, elle caressa mon visage avec tendresse. Pourquoi je ne t’ai pas rencontré plus tôt ? Et voulant faire de l’humour, je sorti un connerie comme à mon habitude dans les moments intenses. Je ne me souviens pas de ma super boutade du moment, mais elle se mit a me serrer dans ses bras de toute ses forces et sur le chemin du retour me raconta toute sa vie. Sa vie était pleine de drame, de choses que je n’ose écrire par respect pour sa mémoire et je compris vraiment que j’étais sans nul doute la personne la plus désintéressée et la plus attentionnée quelle avait rencontré. La, devant la porte de son immeuble, sous l’escalier, derrière les boites aux lettres, ce fut la première fois, elle et moi.

Le lendemain, au réveil, quand je tirais le store de ma chambre d’étudiant en exil dans le sud espagnol, il me tomba dessus manquant de m’éborgner. Je descendis les marches l’air de rien et quand la vieille qui m’hébergeait me parla du bruit matinal dans son espagnol incompréhensible je lui répondis qu’il avait fait chaud a Séville.
Les cours d’espagnol, ce matin la étaient tendus, mon binôme était désormais mon ex-amie. En deux jours les situations peuvent changer du tout au tout, nous ne nous parlions plus, et la bigote qui officiait en tant que prof ne comprenais plus rien. Il faut l’avouer, j’étais prêt tout pour elle, elle n’avait qu’a dire un mot, mais rien....A quinze heure, je pris ma raquette de tennis et partit prendre ma raclée quotidienne contre un espèce de nain blondinet qui se la jouait sourire Ultra-Brite a chaque ace. A 17h, alors que serviette sur la tête je tentais de récupérer mon souffle, une main glacée passa sur mon cou, ma grande brune était la.
Je me suis pavané ainsi, fringant comme un coq au bras de cette fille que je n’aurais jamais approché si le hasard ne l’avait mise sur ma route, en souffrant à chaque regard de l’autre. Je n’avais plus le choix, je faisais ce que tous mes potes attendaient de moi, je jouais le type blasé supacool. Je ne voulais pas la blesser, d’autant qu’elle comblait ma lubricité d’ado mais une fois seul, une fois devant le miroir je baissais les yeux. Cela a duré jusqu’au train du retour vers Paris.

Nous étions dans un train de nuit, quatre par loge couchette. J’étais avec Frank, le blondinet et étrangement une fille, Catherine, rousse marrante qui venait de Normandie. La cabine d’a cote était pleine de filles, dont Val. Ma girafe était dans le wagon d’a cote, c’était notre dernière nuit ensemble et mes potes avaient accepter de nous laisser la cabine, je dut soudoyer Catherine. Ce soir la, il ne se passa rien, elle était collé à moi, pleurant durant tout le voyage alors que je ne pensais qu’a des choses salaces et voulais sortir de cette ode au mouchoir interminable. Quelqu’un frappa à la porte. J’allais ouvrir, et la lumière entra dans la pièce en même temps que la gifle que je reçu. C’était Val : T'as encore fait une connerie ? J’esquivais la seconde salve. C’est quoi ton truc, rendre les filles malheureuses ? J’étais heureux, elle me parlait pour la première fois depuis des jours, je me mis à rire: mais t’es vraiment une malade! Elle avança, je reculais. Ce n’est rien, elle ne veux pas rentrer c’est tout….il y eu un long silence…Nous restâmes tous les trois assis dans le noir jusqu'à Paris, sans dire un mot. Je pris leurs adresses, leur numéros, je ne pouvais rien leur donner en retour car je ne savait pas ou ma mère avait décidé de vivre.

Finalement, une semaine plus tard, j’aménageais dans le 77, dans les bois de Cesson-la-Foret. Et après que nos coups de fils se soient espacé jusqu'à ne plus être, ma vie avait repris son cours asthmatique. Un jour, je faisais un échange de comics sur les Ulis. En descendant la rue, je tombais sur un type qui m’arrêta du bras. Patrick ? T’es Patrick pas vrai ? C’était un black de cinq à six ans plus âgée de que moi, assez baraqué, je ne le connaissais pas. Il enchaîna, Ah mon pote, je sais tout de toi, Val, elle parle sans arrêt de toi. J’ai l’impression qu’on est cousin, non en fait je te connais mieux que mes cousins…il riait fort, ça me dérangeait. Les gens nous regardaient. Je souris bêtement car de toute façon vu sa largeur de buste j’aurais mis au moins 3secondes pour le contourner, trop long. Il ne s’arrêtait plus de parler : Et tu l’a vue là ? elle a pas du t’entendre, elle a toujours un casque sur les oreilles... Je me retrouvais sur Orsay à monter la cote vers le domicile de Val avec ce type bizarre. Il poussa la barrière d'un jardin, puis ouvrit une porte avec ses clefs. Dans le salon, une fille était assise de dos, elle portait un tee-shirt bleu et un short rose, ses pieds étaient nus. Elle se retourna, et hurla : Patrickkkkkk, courra, me sauta dans les bras, me serrant jusqu'à m’étouffer. Le fil du casque n’était pas assez long, il se deplugga de la chaîne hi fi, c’était la voix de Karin White chantant ‘Love saw it’. Elle me présenta, son boy-friend, elle lui dit voila mon meilleur ami en me frappant de son doigt. Elle me fit visiter, j’étais dans sa chambre, petite, un grand lit était collé à une armoire couverte de miroir. Dans le reflet je voyais des photos d’elle et moi sur un banc à Madrid, j’avais une d’entre elles, Catherine me l’avait envoyé. Je dînais avec eux, écoutant de la musique, je découvrais pour la première fois Keith Sweat, Shai, Bell Biv Devoe. Elle chantait, elle riait, elle était heureuse. Son homme me raccompagna en voiture jusqu'à chez moi, je le haïssais, il était trop sympa.
Durant les deux années qui suivirent, je les vus deux ou trois fois pour des anniversaires. J’étais passé à autre chose, mais quand ma mère décida de déménager et que la classe Mat Sup. de François 1er à Fontainebleau devenait trop loin, je signais pour l’école d’ingénieur sur le campus d’Orsay avec mon pote Christophe. Etait-ce un hasard ?

Je crois avoir croisé Val l’an dernier, le week-end du 8 mai non loin du Louvre, je n’ai pas osé l’approcher, on dit que la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit mais Thor peut être parfois un peu facétieux.

mardi 14 avril 2009

Life before, Chapitre 1

Parce qu’il était temps que les béotiens du poker aient aussi droits à mes élucubrations, et que ceux qui suivent mes anecdotes quasi surréalistes (sur http://low-stakes-poker.blogspot.com/) aient enfin de quoi alimenter leur soif inextinguible d’envolées lyriques à période régulière. Parce que mon actualité poker se résume à un post par mois alors que ma vie n’est pas un épiphénomène mais un post qui ne s’arrête jamais, parce ce que j’ai la chance de parcourir 52 pays de cette planète et que je ne me contente jamais des murs affables de mes chambres d’hôtel dans mes nuits d’insomniaque. Et parce qu’enfin, le démon de l’écriture caresse doucement ma nuque puis y plante avec violence des ongles acérés dans mes soirs de mélancolie, de ces jours sans envies à ces jours ou je vis cents vies. Que je sois lu ou non, pour moi ou pour d’autres, je pose la première prose de ce nouveau blog. Veuillez par avance excuser l’auteur qui se livrera comme jamais sur son passé, son présent et ses espoirs, veuillez excuser sa franchise mais il ne vous mentira pas, ne cachera rien, veuillez excuser les blessures qu’il portera à ceux qui ont croisés, croisent et croiseront sa route.

Life after Love. J’ai longtemps hésité sur le nom à donner à ce blog, et tour à tour il aurait pu s’intituler : Une vie à l’ombre des mancenilliers, Nouvelles sous endorphine, Ce qui reste après l’amour, Mémoires non posthumes, etc. Finalement, j’ai regardé la biographie filmé de Christopher Wallace et sur le générique de fin j’ai vu que nous étions nés le même jours (il est de 3ans mon aîné), en clin d’œil à cela j’ai voulu baptiser ce recueil de vécu et de pensées en analogie au titre de son dernier album, Life after Death. Life after Love, adolescent je me demandais si il y avait une vie après les études et alors je me suis mis au travail, chômeur je me suis demandé si il y avait une vie après ma mort sociale et économique et alors je me suis mis au travail, et maintenant après neufs années de vie amoureuse, maintenant que l’amour est mort que me reste-il ?

Je suis à un age où les rêves se sont évaporés, certains sont encore là, ils persistent dans leur ridicule, leur corps gît inerte et froid sur le sol convulsant à la moindre brise sur leur échine. Aller, mourrez donc ! Vieux joujous cassés, asphyxiés dans la poussière que laisse votre chair en décrépitude. Mourrez donc, que seul votre souvenir me hante, qu’une larme s’échappe en résurgence à la vue d’une photo je peux le supporter mais je ne résiste plus aux relents de votre sapidité capable d’enivrer jusqu'au coma.
Réminiscences. Je me souviens de mon ancien binôme, Pierre aka Bouba, un soir de décembre dans sa chambre universitaire sur le campus d’Orsay. Nous étions là à discuter de choses futiles et de d’autres capitales dans nos vies de l’époque. Et puis, au beau milieu de cette conversation, il m’a dit avec une flamme étrange dans le regard des mots qui font échos jusqu'à aujourd’hui. Un paquet de Pepito à la main, il me disait que nous devions décider ce que nos vies serait demain, que le temps nous était compté, que nous avions jusqu'à nos 35ans pour réussir nos vie qu’après c’était foutu. Bien sûr je rigolais, et il reprenait son développement oratoire. Patrick, me disait-il, la vie est une course contre la montre jusqu'à 35ans puis un compte à rebours jusqu'à notre mort, en 35 ans on doit apprendre qui on est, apprendre ce que l’on va faire de sa vie et trouver avec qui la partager.. Et crois moi, ces trois trucs la sont les trucs les plus durs jamais imaginés par dieu pour nous mettre à l’épreuve. Je prenais un Pepito avant qu’il ne finisse le paquet dans l’homélie qui visiblement le rendait boulimique, et fasciné par tant de convictions, moi qui n’en avait aucune, j’étais alors réceptif. Il poussa ma main du paquet et continua, tu sais, j’ai eu confiance en toi dès le premier regards (bon, j’ai eu tort soupira t-il en souriant) parce que toi t’as un truc, les gens ils te font confiance, moi il faut que je bosse. Mais tu sais, je te dis ça par ce que je ne sais toujours pas qui je suis, je ne sais toujours pas ce que je vais faire de ma vie a part qu’il faut que ça paye car j’ai la dalle (on se mis à rire tout les deux) mais tu sais, ce week-end, j’ai rencontré la femme de ma vie.
J’étais totalement sur le cul. Il semblait a présent comme envoûté par quelque charmes tribaux, et ne s’arrêtait plus. La dernière fois tu m’a parlé du Satori de maître Ueshiba, Pat, j’ai eu la même chose, cette fille sera ma femme, j’ai réussi un des trucs les plus durs sur terre. J’ai trouvé avec qui vivre le compte à rebours.
Je ne sais plus quels furent les autres déviations de notre conversation, tout paraissait fade après ça, par contre je me rappelle que dans ma voiture qui peinait a démarrer ce soir la à cause du froid, j’étais terriblement jaloux de cette lueur dans son regard. J’enviais cette certitude, plus que sa cause, plus que ses conséquences. Il était comme Archimède à qui on avait donné un point fixe, il pouvait faire bouger le monde, son monde. Le lendemain, je quittais ma petite amie car je voulais moi aussi trouver ce sentiment de plénitude, et parce que j’avais inventé le théorème de mes peurs laconiques: si il n’y a pas d’amour entre nous alors il n’y a rien d’autres que deux corps qui s’entrechoquent. Le silex de nos deux corps se doit de produire des étincelles.

Un longue période de doute me submergea, sur mes désirs, sur ce que j’étais. Bizarrement le hasards mis sur ma route quantité de filles a cette époque, comme quoi l’homme triste attire, mais rien n’y faisait, j’étais vide, elle n’étaient que des corps. Je passais alors beaucoup de temps hors des cours et aujourd’hui je suis incapable de dire ce que j’ai fait durant ce temps libre, à part perdre du temps. Un mercredi, je décidais de faire quelque chose pour changer tout ça et j’appelais celle que je considérais comme l’archétype féminin, Audrey, la Betty Draper de la série Mad Men, et lui donnait rendez-vous pour déjeuner.
Le jeudi matin, je n’avais aucune idée de ce que je voulais vraiment mais pris d’une folle frénésie je me mis à tout démonter dans l’appartement, j’installais une table dans ma chambre, changeai les meubles de place, préparai deux assiettes, le CD de R Kelly sur la platine préprogrammé sur les slows qui tuent et…j’avais oublié de faire le repas. Je sorti mon joker pizza de ma poche et me dit que le repas importait peu, je devais faire une mise en scène pour camoufler mon stress total et la désorganisation. Tout était prêt (dans la mesure du chaos que j’avais généré), j’avais même une rose posée sur le tableau de bord, et la preuve la plus tangible de ma fébrilité est que j’étais à l’heure au point de rendez-vous. La bise traditionnelle et mon émerveillement au parfum du shampoing dans ses cheveux passé, le trajet en voiture me parut durer une demi seconde. Sur le parking, j’improvisais ma mise en scène en temps réel, je bandais ses yeux et lui pris la main. Je la guidais dans l’escalier, puis dans la chambre, lançait la voix du homeboy de Chicago et lui ôtait son bandeau. Tout alla très vite, j’étais paralysé. Elle me posa des questions, apposa ses doigts sur le clavier ergonomique (accessoire vintage pour geek de nos jours), elle semblait aussi troublée que moi. Et puis elle regarda l’heure, elle devait partir, ses cours reprenaient…j’avais oublié qu’il y avait une vie dehors et même avant cela je n’avais imaginé que cet instant ai une fin. J’arrêtais le CD et la raccompagnai tout étourdit par ce retour au réel.
Sur le chemin, dans sa curiosité elle ouvrit la porte de la cuisine où j’avais entassé tout le bordel mis le matin. Quel effroi, elle avait vu l’envers du décors, mais quelle idée d’aller en cuisine…elle avait cassé quelque chose dans cet instant. Je la déposais devant son université, mes mains étaient moites, l’habitacle était imprégné de son parfum mais quand elle bougeait la tête c’est son shampoing qui me rendait nerveux, j’aurais voulu la kidnapper et le temps que cette pensée me traverse l’esprit, que je lui offre la rose, lui demande de rester, il ne restait plus que son odeur, elle courait vers son avenir. Je suis resté la, comme un con, pendant cinq minutes à ne rien faire et j’ai pris une feuille de papier, un stylo et j’ai écrit. Dans mon texte je lui disais adieu car je savais qu’on ne se reverrait plus et je lui disais j’avais compris que je ne l’aimais pas, j’aimais l’image que j’avais d’elle.

Je froissais le papier encore transpirant de mes mots et le jetais par la fenêtre, le soir je passai voir Natacha. Quand j’arrivais, deux types inconnus étaient affalés sur le sofa avec un énorme joint, elle était très aérienne. Ils venaient de tourner un clip de ragga, elle ne m’avait rien dit, je pensais intérieurement que ce n’était pas ma journée. Un des types se mit à me parler de l’éducation des enfants, il s’entêtait a penser que j’étais prof, que j’étais un type bien avec mes ptites lunettes d’intello. Je le méprisais, lui et tout ce qu’il représentait, j’avais envie de vomir sur son âme. Je regardais Natacha, elle était belle, elle était encore plus paumée que ces deux rebuts de la société sur son canapé, j’étais triste pour elle. Je m’emmurait dans un mutisme volontaire, j’observais leurs gestes saccadés comme des pantins que le marionnettiste était fatigué d’animer. Je me levais après une demi-heure tapis dans l’ombre, totalement oublié par la troupe, je lui pris le bras et la poussa dans la demi pièce voisine. Je l’embrassais sur le front, la pris dans mes bras et lui murmura dans l’oreille de faire attention, de garder le contrôle de la soirée. Elle recula, me dit que j’étais trop sérieux, avança, m’enveloppa de ses grands bras à son tour et se mis à pleurer, elle me dit que sa mère était malade et recula a nouveau en essuyant sa joue. Je lui pris la main, l’embrassa à nouveau sur le front, les tempes, les paupières, les joues, les lèvres et lui murmura: adieu. Je partis sans me retourner.

J’avais tourné une page sur ma vie, mes amours. J’avais laissé la blonde, sa lumière, sa grâce, sa douceur et son parfum partir sans avoir la force de la retenir. J’avais laissé la brune, son monde sombre, sa tristesse, la chaleur de ses bras pour partir. J’étais libéré des tout mes maux, de ces deux faces de la même pièce, dans la coïncidence d’une même journée.

Life before Love ? Non ! Juste Life before, le reste cela se mérite.